mercredi 14 octobre 2009

Disques Favoris 2009 (3/4)

A Sunny Day in Glasgow - Ashes Grammar
Pas du tout écossais, ces Américains offrent une pop feutrée, harmonies vocales et arrangements electro, le tout semble au premier abord juste sympa mais leurs chansons serpentines surprennent et charment, on ne comprend pas très bien ce qui se passe, les pistes s'emmèlent, se démèlent et les morceaux se retrouvent souvent retournés, ne finissant jamais comme on aurait pu le prévoir. Tout ça, et c'est la réussite du disque, sans jamais paraître obtus et nuire à la l'apparente simplicité pop de l'ensemble.
Atlas Sound - Logos
Où l'on retrouve Brandon Cox de Deerhunter pour un second album solo plus lumineux que le premier, entre singer-songwriting et pop psyché, un Deerhunter plus délicat, presque evanescent, qui mettrait l'accent sur les ambiances. Chouette collaboration avec Panda Bear.


Bibio - Ambivalence Avenue
Disque qui s'est gentiment installé dans nos oreilles cet été, morceaux pop en dentelle ciselée sur MPC, parfois chantés, parfois non, ça sonne quelque part entre Daedalus, Caribou et Boards of Canada, le tout empreint d'une douce et chaude réverie.

Girls - Album
Je marche complètement, et je viens tout juste de me sortir "Lust for Life" de la tête, morceau imparable qui vous fera chanter "OH I WISH I HAD A BOYFRIEND, I WISH I HAD A LOVING MAN IN MY LIFE" à tue-tête dans la rue. C'est simple et efficace, comme des Smiths moins maniérés, jeunes, bronzés et baisés dans la tête.


Jesu - Opiate Sun EP
Chant désarmant, presque emo (au sens litteral), sur (sous?) riffs lourds, le tout dans un brouillard shoegaze 90s. Ca fonctionne toujours super bien, première sortie valant vraiment le coup depuis Conqueror, chez Caldo Verde, le label de Mark Kozelek, dont nous conseillons les disques à tous les fans de Godflesh.

Kurt Vile - Childish Prodigy
Troisième disque de l'année pour le jeune chevelu, premier chez Matador et de loin le meilleur. Chant impressionnant, moitié Jagger moitié Dylan mais pas que, morceaux efficaces, tournure classique avec un petit rien qui fait toute la différence.

Let's Wrestle - In the Court of Wrestling Let's
Groupe de branleurs anglais (trahis par l'accent) qui reprennent là ou Pavement avait arrêté. Pas loin d'être le meilleur disque d'indie pop entendu depuis Who Will Cut Our Hair When We're Gone des Unicorns.
The Marked Men - Ghosts
A mi-chemin entre les Hot Snakes et les Exploding Hearts (en plus vite), guitares surf et ambiance 1977 pour un super disque de pop garage.


Part Chimp - Thriller
Avec un copain on discutait du fait qu'il n'y ait plus vraiment de groupe vraiment tendu sur scène, quelque chose d'excitant et qui ne soit pas que tendu. Et voilà que Part Chimp sortent un super disque qui laisse présager d'excellents concerts. C'est lourd et bon comme pas souvent, quelque part entre "Heavy Rocks" de Boris et les premiers Trail of Dead.


The Twilight Sad - Forget the Night Ahead
Complètement hi-fi, définitivement premier degré, pesantes confessions alourdies par l'accent ecossais, guitares qui sonnent incroyablement bien (à force d'écouter des disques enregistrés à la maison, on oublie), entre l'aggressivité de Mogwai et les baleines de Kevin Shields, très bon second disque.

Vivian Girls - Everything Goes Wrong
Je suis pas sûr qu'on en parle beaucoup de celui-ci, et pourtant il y a dans ce disque, moins direct que le précédent, des morceaux incroyables, plus sombres mais à mon sens bien plus interessants que tous ceux sortis jusqu'içi. Les jeunes femmes frappent là où on ne les attend pas, évitant les écueuils habituels (pas de "tu me veux? tu m'auras pas!" ici), offrant une réponse féminine aux milliers de disques de garçons chantant leur désarroi amoureux en groupe. L'ironie reste au placard et il reste un sentiment de fragilité au final tout simple qui ne cesse d'émouvoir.

lundi 5 octobre 2009

LIVE: Castanets + Lazarus, Stimultania

04/10/2009


J'aime beaucoup Cathedral, le premier disque de Castanets, le seul de sa discographie à se concentrer sur les chansons et les paroles, évitant les égarements malheureux (solos, rimes faciles, etc) qui empêchent tous les disques suivants d'être mémorables. Il y a bien un ou deux morceaux par disque qui surnagent mais en général ça reste carrément oubliable. Ça a un côté presque étrange, bizarre, ce premier disque, perle de jais, et les suivants (bon First Light's Freeze a ses moments mais il n'annonçait déjà rien de bon) desquels on ne retient pas grand chose. On finit presque à penser à un accident, on remet en questions nos oreilles, notre perception du disque. C'est comme si du jour au lendemain (et finalement très tôt) il avait décidé que ça allait, qu'il avait prouvé ce qu'il avait à prouver et que maintenant il pouvait relâcher la pédale. Ou alors il a rien de plus à dire. Les doutes planent.

Commençons par Lazarus, en première partie, grand et anguleux, cheveux longs sur bûcheron maigre. Et c'était bien. Morceaux construits sur deux ou trois accords, tout en répétition pour mieux se concentrer sur le fond, chansons qu'il me faudra réécouter pour juger plus avant. Bon concert, un charme certain dans l'imperfection, San Francisco sous la neige.

Et après, Castanets. Au départ c'était juste Raymond Raposa et apparemment il s'est fait des potes vu qu'il joue avec quatre musiciens. Lui est déguisé en clochard, cheveux sales, barbe, tongs sous ongles longs, grosse parka pour la nuit sous le pont. Contraste saisissant avec les deux musiciennes proprettes en slim. Les doutes s'épaississent et ne s'éclairciront pas avant la fin du set (très court) duquel ressortirent un "Sway" mignon, le morceau rock du dernier disque et une version tronquée de "You Are the Blood." Le tout très bien joué, mais immédiatement oublié, Raposa faisant le choix de remplacer la sincérité par une pseudo aura mystérieuse que l'on a pas vraiment envie d'éclaircir. Et de se dire qu'au final les mecs qui font du glam rock n'ont peut-être pas le monopole du privilège de la forme sur le fond.

Concert organisé par Komakino à Stimultania, qui font bien les choses.

mercredi 12 août 2009

LIVE : Bill Callahan, Manufaktur

10/08/2009


J'aime beaucoup Bill Callahan. C'est un des seuls artistes dont la discographie tienne la route d'un bout à l'autre (si l'on laisse de côté ses débuts en tant que Smog et son premier disque éponyme), construisant ses chansons autour de lignes répétitives et de paroles toutes en punchlines, évitant constamment d'ennuyer, gardant en ligne de mire une sincérité brute, parfois teintée de cynisme mais toujours dévastatrice, l'art de la formule et de l'économie érigés en principes maître.

Assez étrangement, il passe toujours derrière Bonnie "Prince" Billy et Jason Molina dans les énumérations de très bons songwriters américains alors que, contrairement aux deux précédents, retranchés depuis une demi-décennie dans des territoires très peu aventureux (une country très traditionnelle et assez peu mémorable pour l'un, sous-Neil Young de fond de bar pour l'autre), lui se distingue plus que jamais par des disques impeccables, emplis de morceaux ciselés de manière unique -difficile de comparer son écriture avec celle d'un autre songwriter ou de l'inclure dans un quelconque courant. La seule comparaison vraiment pertinente serait avec tout un pan de la littérature américaine, Callahan tenant assez bien -à mes yeux- le rôle de Grand Ecrivain Américain.

Je suis super fan de Bill Callahan. Tellement que, avec un cercle d'amis très restreint, nous lui souhaitons de ne (plus) jamais connaître le bonheur. Prenant pour preuve le très décevant Woke on a Whaleheart (au titre pourtant prometteur), réalisé alors qu'il filait un amour étonnamment doux avec Joanna Newsom, nous avons décidé que toute amourette non teintée de sang ou d'hystérie ne saurait être admissible.

Notre raisonnement est le suivant : A River Ain't Too Much To Love, dernier disque en tant que Smog est parfait, un de ses meilleurs. Là-dessus il rencontre machine et nous tombe Woke on a Whaleheart pour lequel il a enregistré trois bons morceaux, un ne figurant qu'en face-b. On est gravement déçus et on se dit "il va nous faire comme Jason Molina, il change de nom et maintenant ça va être tout pourri." Un des fondements de nos vies -une des choses inamovibles sur lesquelles nous pouvions compter- n'est plus. Au fil du temps, chacun à sa manière (alcool, bricolage, exil en Chine) nous avons réussi à rendre cette trahison presque supportable, y croyant néanmoins toujours. Et là, oh joie, la sylphe quitta notre vieux chêne pour aller faire la maline dans des clips de MGMT. Qui sortiront à coup sûr le mauvais disque que nous savons tous pertinemment qu'ils ont en eux. La malédiction passée, Callahan a sorti un très bon disque, Sometimes I Wish We Were An Eagle et je saute sur la première occasion de voir mon héros.

Accompagné de quatre musiciens impeccables (violon, violoncelle, guitare, batterie) Callahan a débuté les festivités (hum) avec un "Our Anniversary" tronqué pour faute de soucis de guitare ("its our anniversary, you got the jist of it") avant de se lancer dans un set centré autour de Sometimes I Wish We Were an Eagle qui est un très bon disque (mention spéciale à une version tendue de "All Thoughts Are Prey to Some Beast"). Ils ont également joué "Cold Blooded Old Times", les deux bons morceaux du disque précédent et quelques morceaux de A River Ain't Too Much to Love, dont le fabuleux "Rock Bottom Riser" qui conclût le set. Ca a été la grande classe, mon regard n'a cessé d'errer entre Callahan et Luis Martinez, son batteur au jeu félin, intuitif, complètement habité, incroyable à regarder -pas parce que ça allait vite et qu'il en mettait plein partout- juste parce que c'était beau.

Rappels il y eut, "In the Pines" suivi par une version monumentale de "Bathysphere" (belle surprise) après laquelle on a continué d'applaudir, vu que d'autres gens continuaient d'applaudir aussi et, bonheur, ils sont revenus (après cinq bonnes minutes quand même) pour finir ce concert avec un "Let Me See the Colts" qui fut parfait, à l'image de la soirée.

http://www.dragcity.com/callahan.html

lundi 13 juillet 2009

Disques Favoris 2009 (2/4)

En attendant le retour des concerts (Majhongg dimanche à Stimultania, Bill Callahan et HEALTH en Allemagne en août), voici la deuxième partie de mes disques préférés de 2009.



Blank Dogs – Under and Under
Un mec tout seul dans sa cave, la tête pleine de new wave et de post-punk. Ca donne un disque plein d’energie lo-fi et surtout d’excellents morceaux, tubes 80s tombés derrière les placards de Factory records.


Bill Callahan – I Wish We Were an Eagle
Heureux retour aux sources et à la qualité égarée lors de son précédent disque –expérience très perturbante pour beaucoup de fans- I Wish We Were an Eagle se pose en excellente suite de A River Ain’t Too Much To Love. Callahan continue de perdre en cynisme ce qu’il gagne en honnêteté brute et pudique, ne cessant de se frayer un chemin vers nos tripes, chatouillant un peu tout sur son passage. Excellent disque (ouf).


Ganglians – Monster Head Room
Une pop très 60s, plutôt californienne, assez lo-fi, psyché sans tomber dans les clichés. Disque ensoleillé et charmant.
http://www.myspace.com/ganglian

Grizzly Bear – Veckatimest
Grizzly Bear sortent un nouveau disque de pop arrangée qui s’arrête juste avant de devenir précieuse, moins immédiat que Yellow House mais empli de détours et de merveilles (plus ou moins) cachées. Vrai morceaux de bravoure d’une douce et rare délicatesse.


The Intelligence – Fake Surfers
Morceaux courts, rythme punk, guitares surf, chant détaché, The Intelligence ont sorti le meilleur disque -et donné les meilleurs concerts- de The Fall depuis un bail.

The Mayfair Set – Young One
Le même mec de Blank Dogs qui a réussi à amener la fille des Dum Dum Girls dans sa cave. Ambiance toujours post-punk avec le charme et les mélodies de cette dernière en plus pour un 6 titres juste parfait.

Passion Pit – Manners
De la musique de soirée d’été, aguicheuse et jamais putassière. On pourrait grossièrement comparer ça à une sorte de TV on the Radio plus insouciant et définitivement tourné vers le dancefloor, avec une fougue assez humble à laquelle il est difficile de résister.
http://www.myspace.com/passionpitjams

Phoenix – Wolfgang Amadeus Phoenix
Pas de raison qu’on ne soit que déçus par des groupes qu’on aime. Pour rétablir une sorte d’équilibre cosmique je suppose que de temps en temps des groupes que l'on deteste passionément peuvent se fendre d’un disque imparable. Après une phase de rejet (« ah ouais d’accord Phoenix ») force est de constater qu’ils ont sorti un album indie-rock très réussi, laissant de côté les égarements pompeux pour se concentrer sur un disque étonnamment sobre et efficace.
http://www.myspace.com/wearephoenix


The Smith Westerns – The Smith Westerns
On pourrait être tentés de dire la même chose que pour Blank Dogs pour The Smith Westerns (seul dans la cave, lo-fi, energie, tubes) sauf que eux ils sont plusieurs et qu’ils tètent plus franchement la veine power pop 70s. Chouettes morceaux adolescents, insouciants et bringuebalants.
http://www.myspace.com/smithwesterns


Sunset Rubdown – Dragonslayer
Sunset Rubdown c’est la moitié de Wolf Parade (l’autre se concentrant sur Handsome Furs), qui a sorti un des meilleurs disques ces dernières années (Apologies to the Queen Mary sur Sub Pop). Depuis cette entrée fracassante les disques produits par Spencer Krug (cette moitié ci) ont semblé progressivement perdre en qualité, s’égarant d’abord dans Sunset Rubdown puis dans Swan Lake, gardant quelques morceaux pour un second disque de Wolf Parade foncièrement décevant. Tout ça pour dire que Dragonslayer est une réussite et que ça fait plaisir. Contenant ses meilleurs morceaux depuis le ceux du premier Wolf Parade, on a l’agréable impression d’écouter un groupe plus qu’un projet solo avec des gens dessus. Très bonne surprise, on espère que le prochain Wolf Parade sera à la hauteur des deux derniers disques de ses deux hémisphères.
http://www.myspace.com/justchoke


Shugo Tokumaru – Rum Hee EP
Trois nouveaux morceaux, trois versions réarrangées d'anciens titres et deux remixes de la chanson-titre pour un EP de chansons pop complètement jouissives. C’est arrangé avec énormément de goût, empilage méticuleux de mélodies 60s sur instruments variés. Le résultat est à la fois dense et léger, un disque parfait pour roulades au ralenti dans les champs fleuris.

jeudi 4 juin 2009

LIVE : Au + Berg Sans Nipple, Stimultania

3/06/2009



Deux concerts de pop expérimentale, deux duos batterie/clavier hier soir à Stimultania.

Tout d'abord Au (hey you) qui ne m'ont pas laissé une très bonne impression, ça joue très bien mais leurs morceaux manquent de concision, ça grandiloque, ça déborde, ça s'étale et s'éparpille. On hoche la tête de temps en temps mais hop ce passage est déjà fini et on enchaine avec le cinquième pont. Bof.

Berg Sans Nipple continuent dans la même veine, avec une persévérance assez impressionnante (la dernière fois que je les ai vus c'était en 2003 je crois), ils tracent un chemin entre pop, dub et expérimentations sonores mais réussissent à garder une vraie cohésion et une efficacité redoutable. Ils arrivent à se ménager une marge de manoeuvre entre les boucles et gardent une elasticité, un dynamisme qui fait toute la différence. Chouette concert.

Concert organisé par Komakino à Stimultania.

mercredi 3 juin 2009

LIVE: Primavera Sound Festival, Barcelone

27-30/05/2009


MERCREDI

Avant le vrai début des hostilités je suis retourné voir The Intelligence au Side-Car, boite garage en plein centre. C’était toujours bien, supers morceaux et chouette performance. Début un peu chaotique (succession de morceaux hyper courts, difficile de rentrer dans le set) mais une fois le quatrième morceau commencé ça a été parti. Le chanteur a toujours un très gros charisme Mark E Smithien, assez cynique mais plus fun quand même.
JEUDI

C’est parti. Le festival Primavera Sound c’est : 3 jours au Forum de Barcelone (ça déborde avant et après), espace public en dur, architecture en vrille. Super programmation, une organisation impec, une très bonne utilisation de l’espace qui fait qu’on a au final très peu l’impression d’être à un festival. On voit des groupes et on se balade avec des bières entre. Tant qu’il y en a. Et aussi, il y a Barcelone.

Women ont donné un très bon concert, bien meilleur que ce à quoi je m’attendais après l’écoute de leur disque (rock sec, mais pas casse-brique), très noisy et énergique. Bonne surprise qui laisse présager de bonnes choses pour leur second LP.

Je suis passé jeter une oreille à Magik Markers (disques sympas de rock noisy chez drag city) et c’était catastrophique.

Lightning Bolt –vrai moment de grâce, pas forcément celle à laquelle on s’attendait. Le groupe a joué sur scène, en plein soleil (chaud sous la cagoule), ça doit pas arriver souvent mais ça a le mérite de permettre de regarder (ça va vite) sans forcément se taper les cons qui s’énervent. Ca groove méchamment et l’enthousiasme et l’énergie du groupe ont été contagieux, leur set faisant l’effet d’un shoot d’adrénaline en début de soirée. Premier excellent concert du festival.

The Jesus Lizard ont donné le second meilleur concert de la soirée (et peut être du festival). David Yow est toujours aussi (encore plus ?) en colère qu’il y a 20 ans. Il a donné une certaine idée de la classe ce soir, torse nu, jean délavé, sueur sur muscle et beer belly. Energie qui fait plaisir à entendre et à voir, le groupe joue super bien et la présence malfaisante de Yow (qui continue de se jeter sur le premier spectateur venu) ont fait de ce concert un des meilleurs moments du festival.

Ca fait bizarre d’enchainer Jesus Lizard et Phoenix. J’entretiens une relation ambivalente avec Phoenix depuis l’écoute de leur dernier disque - Wolfgang Amadeus Phoenix (hum) : le disque est super mais j’ai de violentes envies de les gifler. En concert ils naviguent entre vrais chouettes moments (les nouveaux morceaux) et égarements vaniteux, pompeux et/ou balloches.

Passons aux choses sérieuses. My Bloody Valentine. Concert avec son énorme, parfois un peu fouillis (joies du concert en plein air), parfois impeccable. On décide de les revoir le lendemain à l’auditorium pendant le chaos final.

Aphex Twin, ouah. On est très loin de l’expérience qu’est (était ?) censée être un concert de Aphex Twin. Tout plat, pas bien.

Wavves a été pathétique, ils ont assez magistralement confirmé que oui, ils étaient bel et bien l’arnaque que l’on pensait. Trois minutes de balances pour demander plus de voix, de guitare ou moins de batterie pour faire juste n’importe quoi. Il semblait improviser à moitié et j’ai eu la désagréable impression de voir un groupe de lycée saoul (ils étaient deux). Même « So Bored », le morceau qui a poussé les gens présents à venir jeter une oreille (pour cause, c’est le seul de bien) a été massacré. Belle dégringolade.

Squarepusher m’a fait de la peine.

VENDREDI

Comme on est des gros malades (mais qu’on se dit qu’on n’est pas les seuls) on se lève tôt pour récupérer des places pour revoir My Bloody Valentine à l’auditorium (capacité : 3000 places), on arrive tôt et on se rend compte qu’on est vraiment des gros malades, vu qu’il n’y a personne. On trouve quelqu’un qui nous dit de revenir à 16h. Après une courte sieste on revient, on récupère les tickets de réservation pour le concert et on se détend au soleil avec des bières (la mer en fond). Cadre incroyable.

La journée a commencé tout doucement. Magnolia Electric Co nous ont resservi le même rock crazy horsien qu’à l’accoutumée, rien de bien intéressant malgré leur dernier 45t qui semblait indiquer un léger changement. Du coup on est allés jeter une oreille à Bat for Lashes, comme sur disque avec moins de basses. Très chiant et pas percutant du tout. On continue notre tour et on va voir Sleepy Sun, rock californien à plein sur scène, canal historique, rien de neuf à l’horizon. On finit devant les Vivian Girls pour deux tiers de set réussis, son étoffé et nouveaux morceaux qui annoncent un chouette deuxième disque. Pas midinettes pour un sou, elles s’amusent beaucoup et font plaisir à voir.

Après on va faire la queue pour avoir une bonne place pour MBV. Du coup on entend The Pains of Being Pure at Heart de loin (super son) et d’après ce qu’on m’en a dit c’était bien. On entre dans l’auditorium on trouve une chouette place et après on attend -3000 personnes qui entrent au compte goutte c’est long. Le concert finit par commencer –tous classe lui a perdu ses kilos en trop depuis Primal Scream et elle est arrivée en robe blanche, très jolie- et c’est probablement une des expériences musicales les plus troublantes et éprouvantes qu’il m’ait été donné de vivre jusque là. Le son était meilleur que le soir précédent mais aussi encore plus fort. On distinguait mieux les mélodies, tout semblait plus net, plus percutant aussi. Le clou du spectacle (les deux soirs mais encore plus le deuxième) fut le traditionnel quart d’heure de bruit blanc au beau milieu de « You Made Me Realize » séance de massage des organes internes, corps engourdi par les vibrations. Le groupe repart ensemble après un regard de Kevin Shields pour finir le morceau et nous laisser complètement lessivés et hagards.

On sort de là et on fait le point : on a loupé The Pains of Being Pure at Heart, Art Brut et Sunn O))) et d’après ce qu’on entend le début de The Mae Shi. On se dépêche comme on peut et on va voir la fin de leur concert que j’aurais vraiment aimé voir en entier, grosse pêche, ambiance de malade, super son et très bon choix de morceaux.

Après il faut choisir entre Fucked Up + Shellac et Dan Deacon (qui joue moitié pendant l’un moitié pendant l’autre). J’ai déjà vu Shellac, j’aimerais bien voir Fucked Up mais le concert de Dan Deacon ce soir avec le Dan Deacon Ensemble -13 musiciens- fait drôlement envie, surtout qu’on ne sait pas si on pourra le revoir sous cette formation. Le concert a été une impressionnante retranscription analogique de ces morceaux –crescendos dance-pop qui semblent ne jamais s’arrêter de monter, continuant sur un terrain qui semble presque vierge, très rarement foulé. Deacon a tenté d’inclure le public, descendant dans la fosse à plusieurs reprise pour leur demander –dans l’ordre de faire un dance circle, de suivre les mouvements d’un de ses potes déguisé en fraise et de faire un love tunnel jusqu’au bout de la « salle ». Rien n’a marché –trop de monde et surtout musique décidemment trop excitante, difficile de se conformer à un cadre lorsque le son envoyé est si enivrant. Enorme concert.

Je file voir la fin de Shellac et retrouver des copains, le son semblait assez léger –surtout comparé à la quasi-totalité des groupes du festival- et on m’a dit que c’était super mais pareil que la dernière fois, qui était pareille que la fois d’avant.

On enchaine vers A Certain Ratio qui nous servent une soupe funk très claire. On finit par se balader –plus grand-chose à voir (la prog a été de manière générale assez légère en fin de soirée lors de cette édition), on tombe devant Bloc Party et on passe notre chemin. Et on se rentre.

SAMEDI

Tout commence au Parc Joan Miro avec Crystal Stilts qui ont joué leur pop sombre de coin de bloc mal famé sous le soleil et les palmiers, devant des gens attablés avec bières. Peinards. Chouette concert, nouveaux morceaux prometteurs. Après il y avait Sleepy Sun à nouveau qui ont fait exactement les même 2 premières minutes de concert, après je sais pas on était plus là.

On file voir Ariel Pink & the Haunted Graffiti dès notre arrivée sur le site. Ca commence vraiment mal, sous-morceaux 60s –au final assez loin des élans 70s des disques- et ça se termine un peu mieux. Lui est fou comme une belette et ressemble à un croisement de Cafard et de Gollum, en robe avec rouge à lèvres et eyeliner, sourire étrange constamment fixé au visage. La fin du set a donc été plus réussie, enchainant un « Can’t Hear My Eyes » parfait avec un « Are You Going to Look After My Boys » avec les Vivian Girls en choristes (qui est à ce jour toujours en train de tourner en boucle dans ma tête), suivis par un « Rama Ya » où tout ce petit monde a semblé vraiment s’amuser.

Après on est allés voir Jesu. Formation basse/guitare/ordi. Ca a commencé assez mal, premier morceau au son très léger mais les choses sont rentrées dans l’ordre dès le second. Super concert, j’aimerais bien voir ce que ça donnerait avec plus de monde (deuxième guitare et batterie). Etrange de les voir sous le soleil (il est très pâlot le Justin) mais c’était génial d’entendre ces morceaux en grand.

Et après il n’y a eu que Neil Young. Et rien d’autre pendant. On jette une oreille, son assez incroyable compte tenu de la taille de la scène, chouette setlist.

On file voir Oneida et j’ai pour ma part eu l’impression d’avoir été brutalisé. Son énorme, très fort et très percutant, grosse première moitié de set krautrock, il fallait suivre, puis ils ont enchainé avec un morceau rock dévastateur et un morceau brutalement autiste. Des gros malades. Super concert.

Ensuite il y a eu LE choix à faire du festival. Jusque là ça avait été plutôt facile. Là il fallait choisir entre Liars et Deerhunter. Je n’avais jamais vu ni les uns ni les autres et, bien que je n’aie pas hésité longtemps, j’aurais peut-être dû.

Je suis donc allé voir Deerhunter qui ont joué devant un nombre de personne assez incroyable. Le public espagnol est en règle générale assez génial. Sauf quand ils se décident à chanter en chœur et à taper les rythmes dans les mains, ce qui pourrait sembler être incompatible avec un concert de Deerhunter. J’ai passé un moment du concert à me demander ce qui se passait –jusqu’au moment où j’ai réalisé que j’avais l’impression d’être à un concert d’Arcade Fire ou de Radiohead. Ils donnaient leur premier (et dernier ?) concert de stade. Et pas de chance, j’étais là. J’aimerais vraiment les voir dans d’autres conditions –celles-ci étant, compte tenu de la relative confidentialité du groupe, complètement exceptionnelles.

J’ai filé à contre courant –tout le monde allant voir Sonic Youth sur la grande scène (déjà vus et, bon, ça va)- pour voir ce que Gang Gang Dance allait bien pouvoir nous faire. Dès le premier morceau j’ai senti que les choses se passeraient bien. Ils ont commencé avec « Vacuum », long crescendo shoegazing avec rafales mesurées de percussions. Ils ont enchainé vieux et nouveau morceaux, n’oubliant heureusement pas de jouer « House Jam ». Un des meilleurs concerts que j’aie vu au festival – répondant à mes attentes, c’est déjà ça- qui aurait pu être un chouette moyen de rebondir pour la seconde partie de la nuit s’il y avait eu de chouettes choses à voir (pas).

Ensuite fin de Sonic Youth, son assez incroyable, beaucoup de monde. Après on a essayé les têtes d’affiches électro de la soirée, DJ/Rupture insupportable et Simian Mobile Disco assez plat. Comme il n’y avait plus de bière (rupture de bière un samedi dès 2h ça le fait moyen pour un festival) et que les voir sobre n’aurait probablement pas été une bonne idée, on n’est pas allé voir les Black Lips et on est rentrés.

DIMANCHE

Retour au Parc Miro pour trois derniers concerts chill-out en après midi. Le one-man show de Karl Blau n’a pas été très convainquant, le concert de Plants & Animals l’a été un peu plus. Ils ont un gros tube sur leur premier disque, qui est un peu entre deux eaux, et de bons nouveaux morceaux. Concert agréable pour la fin de festival.

Après, Kimya Dawson nous a refait son truc antifolk à la con ambiance j’aime les ours woof woof. Pas mal de monde cela dit.

Et voilà. RDV pris pour l’an prochain en espérant qu’ils prévoient plus de bière et de meilleurs trucs en fin de soirée.

BILAN

Meilleurs concerts : My Bloody Valentine / Dan Deacon Ensemble / Jesus Lizard / Gang Gang Dance / Lightning Bolt

Concerts manqués : Liars / The Mae Shi / Jay Reatard / The Pains of Being Pure at Heart / Fucked Up

mercredi 13 mai 2009

LIVE: Mirah + Tara Jane O'Neil, Musée du jouet

12/05/2009

Mirah est un peu la grande soeur de K Records, celle avec les conseils et les pansements pour les autres enfants perdus. Leur Wendy. C'est niais comme comparaison mais le costume de Peter Pan va bien à Calvin Johnson.

J'aime beaucoup Mirah, ses disques ont souvent fait office de phare ou d'éclaircies réconfortantes dans les tempêtes. Elle réussit comme peu d'autres à associer l'intime à l'universel, emplissant ses chansons d'optimisme forcené, fin barrage contenant un flot de doutes néanmoins perceptible. Ce qui est beau chez Mirah c'est son aplomb dans la poursuite d'un idéal en tout, refusant de se laisser aller et gardant la tête hors de l'eau, sur la pointe des pieds. Elle partage une certaine sensibilité avec Phil Elvrum (Microphones, Mount Eerie) avec qui elle a collaboré sur presque tous ses disques.

Elle a joué hier soir avec Tara Jane O'Neil, clairement plus hantée. Elles se sont accompagnées l'une l'autre à la guitare, partageant une batteuse. Le set de Tara Jane O'Neil fut court mais sans faille, elle a réussi à reproduire le charme plein d'écho de son dernier disque.
Mirah a quant à elle beaucoup pioché dans son dernier disque, plus posé, plus sombre aussi, et son set -trop court- aurait bénéficié des envolées pop qui illuminaient ses disques précédents. Ca n'a évidemment pas empêché le charme d'agir, mais je suis resté sur ma faim.

Concert organisé par Hiero au Musée du Jouet de Colmar (chouettes jouets).

Mirah : http://www.myspace.com/coldcoldwater
Tara Jane O'Neil : http://www.myspace.com/tjoistarajaneoneil
Neverneverland : http://www.krecs.com/