dimanche 2 mai 2010

HEALTH @Trinitaires, Metz

16/04/2010


Sur disque, je n'ai jamais vraiment été complètement conquis par HEALTH, par moment trop obtus pour pouvoir complètement m'accrocher. Leur second disque, Get Color, laissait entrapercevoir (notamment par le biais de l'incroyable "Die Slow", tube bulldozer imparable) une facette plus mélodique, une canalisation de toute cette énergie noise vers des structures plus immédiatement fédératrices -des chansons. Et c'est, en gros, ce que les Californiens ont démontré à Metz ce frais soir d'avril, pour mon plus grand plaisir.

Là où, sur disque au bout d'un moment on peut arriver à se lasser ou à être agacés, sur scène leur musique prend une toute autre dimension, qui joue sur le volume et les fréquences (j'ai rarement eu l'impression "d'entrer" à ce point dans le mix), la performance elle-même ("ah c'est lui qui fait ce son là") et le ressenti physique (ton corps tremble). Ils jouent très fort, le batteur cogne comme un capitaine caverne disco, ils ont un demi camion de pédales et sautillent, le regard trop là ou complètement ailleurs, en appliquant une sorte de formule où le minimalisme (on a l'impression que chaque musicien joue le minimum de notes possible pour que les morceaux tiennent en place) rencontre un travail assez incroyable des textures et du son.

L'entrée en matière a été très brute, presque déstabilisante -ils prennent personne par la main- et les morceaux ont gagné en mélodie au fil du set, court (une petite cinquantaine de minutes) mais complètement bouleversant. Ils ont surtout pioché dans Get Color, faisant monter la tension jusqu'au duo gagnant Die Slow/We Are Water et terminé avec deux nouveaux morceaux, l'un très calme, avec une ligne de basse toute simple mais physiquement incroyable, et "USA Boys", tube en puissance, qui laissent entrevoir une marge de progression vertigineuse.

HEALTH: http://www.myspace.com/healthmusic

mardi 6 avril 2010

LIVE: Why? @Poudrière, Belfort

2/04/2010


Alopecia, l'avant dernier album de Why?, est une véritable merveille, réussissant l'exploit de surpasser le déjà excellent Elephant Eyelash, chef d'œuvre ultra personnel, carrément dérangeant par moments, et pourtant très abordable. On retrouve sur Alopecia cette introspection nue contrastée par des arrangements d'une redoutable efficacité mélodique. Là où ils réussissent leur affaire c'est dans ce mélange des genres complètement digérés, dépassant le simple crossover indie rock/hip-hop, qui ne détonne jamais, le groupe proposant une musique qui leur est propre et sonne au final super naturelle.

Ils fonctionnent un peu comme un Xiu Xiu (avec lesquels ils partagent un certain goût du déballage thérapeutique impudique) en négatif : le chant/flow est monocorde et la musique opte pour une approche plus subtile que le triple surlignage de Jamie Stewart. Et pourtant le fond, la sincérité, l'approche du travail d'écriture sont au final très proches (voir leurs reprises respectives). Le résultat est évidemment moins choquant et plus abordable pour un auditeur peu attentif (il n'y a personne qui hurle) mais étourdissant pour peu que l'on se donne la peine de s'intéresser de près à ce qui se dit. C'est très sombre, chaque morceau fonctionnant comme une vignette super détaillée, rendue avec un souci d'authenticité assez hallucinant, où rien ne semble être ni magnifié, ni -et c'est ce qui rend les chansons si dérangeantes- omis (Jerking off in an art museum John until my dick hurts / The kind of shit I won't admit to my head shrinker). L'ambiance est au dénigrement, le regard porté par Yoni Wolf sur lui même est impitoyable et le résultat saisissant.

Tout ça pour dire que Why? est, à mon sens, l'un des grands groupes de ce début de siècle. Et je suis allé les voir à Belfort. C'était loin, il faisait nuit et il pleuvait. Et c'était super.

J'ai plus ou moins volontairement loupé les deux premières parties (dont Josiah Wolf, le frère Yoni, batteur/xylophoniste incroyable dans Why? et auteur d'un disque solo très moyen sorti il y a peu) et suis donc entré dans le vif du sujet, comme le groupe, qui a commencé très fort avec un These Few Presidents redoutable. Le son était impeccable et les musiciens vraiment excellents (basse/guitare/batterie/claviers/chant), ça faisait un moment que j'avais pas eu cette sensation de voir un groupe "pro", autant au niveau de la performance que du son. Ils ont pioché assez généreusement dans Alopecia et Elephant Eyelash et gardé les bons morceaux d'Eskimo Snow, leur dernier disque, plutôt décevant, constitué de morceaux plus pop, quasiment tous chantés, enregistrés lors des sessions d'Alopecia. Ils sont revenus pour un rappel de haut niveau ("The Hollows", génial) et nous ont laissé rentrer chez nous contents et définitivement conquis. Excellent concert.

Why?: http://www.myspace.com/whyanticon

samedi 3 avril 2010

LIVE: Mount Eerie + No Kids @Grillen, Colmar

1/04/2010


J'adore les Microphones, The Glow pt. 2 est un des mes disques préférés, complexe dans son innocence, entre roman initiatique et histoire d'enfant sauvage. Ça fait un moment déjà que Phil Elvrum a laissé tomber le nom de Microphones pour s'appeler Mount Eerie, du nom d'une montagne du nord est des Etats Unis, de par chez lui. Et ce changement de nom a également marqué un changement dans sa musique, plus austère, moins ambitieuse dans ses arrangements, du moins jusqu'à son tout dernier disque, Wind's Poem, qui est, comme son nom l'indique une sorte d'ode au vent, dans lequel on retrouve cet incroyable son de batterie, unique et reconnaissable entre mille, lo-fi mais pas brouillon, qui servait de catalyseur dans les Microphones et qui ici est, tout simplement, tempête.

Et donc je suis allé voir Mount Eerie à Colmar, en bonne compagnie. Et c'était pas mal.

Mais avant tout, histoire de faire les choses dans l'ordre, il convient de parler de No Kids. Je ne connaissais que de nom (et j'ai écouté depuis et c'est vachement moins bien sur disque) et j'ai été très agréablement surpris. Pas de claque hein mais un charme désuet assez saisissant. En gros, ils sonnent un peu comme Wham!, sans les tubes. Trois claviers, batterie, lunettes à larges bords, chemise dans le jean, boutonnée presque jusque en haut. C'est super léger mais touchant, ils se tiennent à ce parti pris de départ (pop 80s canal historique) et le font assez bien. Il y a eu des moments de flottement, des morceaux un peu bancals, mais le coté homo de banlieue en mal d'amour qui a passé toute son adolescence à écouter George Michael et les Smiths dans sa cave est vraiment chouette. Bonne surprise.

Et après donc, Mount Eerie. Deux batteries, le mec et une des filles de No Kids aux claviers et Phil Elvrum, un peu empâté avec quand même toujours ce côté Peter Pan, à la guitare et au chant. Wind's Poem a été enregistré après un long séjour en Norvège, ou Elvrum a découvert les jours de nuit d'hiver, le vent (apparemment) et le black métal. Alors après c'est du black métal light hein. En gros il reprend les batteries doublées de The Glow pt 2 et ajoute des riffs plus lourds et des nappes de synthés qui font très Twin Peaks (influence No Kids). Ça fonctionne assez bien, le son est bon et j'ai pris du plaisir, souriant aux envolées épiques de ce mec en tongs/chaussettes (il y avait aussi un côté presque zen dans tout ça, et je dis pas ça qu'à cause des tongs/chaussettes). Concert sympathique qui aurait été vachement mieux avec des morceaux des Microphones, parce qu'au final, même si le disque est bon et même si le concert a été réussi, ça reste un exercice de style, un concept album, déconnecté de l'intimité qui faisait de ses premiers disques des oeuvres paradoxalement bien plus universelles. C'est un peu ce que je reproche à Mount Eerie, ce côté pas-de-côté qui disqualifie d'emblée toute possibilité de mieux qu'avant. En espérant me faire contredire.

Concert organisé par Hiero Colmar, dans le cadre de la session de printemps du festival Supersounds.

Mount Eerie: http://www.pwelverumandsun.com
No Kids: http://www.myspace.com/nokidsband

dimanche 21 mars 2010

LIVE: Jan-Mar 2010

Début d'année pas vraiment marquant niveau concerts.

Patton à Stimultania, super arrangements mais le côté acoustique reste un tantinet frustrant. C'est pas vraiment leur faute mais après Berg Sans Nipple, Au et NFL3 je commence à me lasser du coté on est deux (max trois) et on joue de cinq instruments en même temps.

Estatic Sunshine à Stimultania c'était pas très bien.

Railcars à Stimultania c'était plus brut mais presque trop finalement, musicalement c'est synth pop à la Cars/Handsome Furs sauf que le chanteur ne sait pas du tout chanter. Dommage.

François and the Atlas Mountains à Colmar, c'était afro-pop et mis à part un percussionniste assez fun à regarder c'était quand même super prétentieux.

Girls à la Laiterie c'était mou du genou, ambiance on joue à votre mariage, le bassiste plombe tout en jouant plein de notes comme sur de la mauvaise variété. A un moment ils ont fait du bruit ("au fait, c'est un concert") et puis voilà.

J'aurais probablement plus de choses à dire des prochains concerts, le printemps s'annonce super bien, avec Mount Eerie, Why?, Health, Liars, Deerhoof et Xiu Xiu pas (trop) loin.

jeudi 7 janvier 2010

LIVE: Scout Niblett @Laiterie

01/12/2009


On se laisse déborder et voilà. Je suis allé voir Scout Niblett moyen motivé, un concert d'elle vu il y a quelques années ne m'ayant pas vraiment convaincu. Et au final j'en suis ressorti conquis et content. Il faut dire qu'après le faux clodo des Castanets et le faux psychopathe d'Oxbow (grosse déception et très bel exemple de tir dans le pied, bravo les gars) Scout Niblett arrivait en terrain favorable. Donc, en gros, elle est folle genre je m'habille en vêtements de petite fille (troués) et je ricane avec le regard tout fixe comme les enfants dans les films d'horreur et je mets tout le monde mal à l'aise, sauf les mecs bizarre qui trouvent ça mignon. Le concert était chouette justement parce que, pour le coup, elle, elle fait pas semblant. Mais pas que, évidemment, autrement on irait voir jouer certains de nos amis plus souvent. Les morceaux, pour la plupart nouveaux, étaient réussis, toujours Cat Power première période, avec des riffs plus lourds. Et avec un chant parfois hyper strident là ou Chan Marshall se la joue crooneuse. Et il y a toujours les morceaux où elle joue toute seule à la batterie, un cran au dessus au niveau du malaise, les gens rigolent comme si c'était un concert de Kimya Dawson sauf que non, que c'est pas pour de rire. Je suis sorti de là content mais interloqué, me demandant pourquoi j'avais pas aimé la fois d'avant.

Et voilà. Les concerts de janvier et février seront à Stimultania, organisés par Komakino. Il y a the XX fin février à la Laiterie aussi (oui grosse hype mais vraiment, vraiment, le disque est super, à écouter au casque en faisant attention aux paroles).

lundi 5 octobre 2009

LIVE: Castanets + Lazarus, Stimultania

04/10/2009


J'aime beaucoup Cathedral, le premier disque de Castanets, le seul de sa discographie à se concentrer sur les chansons et les paroles, évitant les égarements malheureux (solos, rimes faciles, etc) qui empêchent tous les disques suivants d'être mémorables. Il y a bien un ou deux morceaux par disque qui surnagent mais en général ça reste carrément oubliable. Ça a un côté presque étrange, bizarre, ce premier disque, perle de jais, et les suivants (bon First Light's Freeze a ses moments mais il n'annonçait déjà rien de bon) desquels on ne retient pas grand chose. On finit presque à penser à un accident, on remet en questions nos oreilles, notre perception du disque. C'est comme si du jour au lendemain (et finalement très tôt) il avait décidé que ça allait, qu'il avait prouvé ce qu'il avait à prouver et que maintenant il pouvait relâcher la pédale. Ou alors il a rien de plus à dire. Les doutes planent.

Commençons par Lazarus, en première partie, grand et anguleux, cheveux longs sur bûcheron maigre. Et c'était bien. Morceaux construits sur deux ou trois accords, tout en répétition pour mieux se concentrer sur le fond, chansons qu'il me faudra réécouter pour juger plus avant. Bon concert, un charme certain dans l'imperfection, San Francisco sous la neige.

Et après, Castanets. Au départ c'était juste Raymond Raposa et apparemment il s'est fait des potes vu qu'il joue avec quatre musiciens. Lui est déguisé en clochard, cheveux sales, barbe, tongs sous ongles longs, grosse parka pour la nuit sous le pont. Contraste saisissant avec les deux musiciennes proprettes en slim. Les doutes s'épaississent et ne s'éclairciront pas avant la fin du set (très court) duquel ressortirent un "Sway" mignon, le morceau rock du dernier disque et une version tronquée de "You Are the Blood." Le tout très bien joué, mais immédiatement oublié, Raposa faisant le choix de remplacer la sincérité par une pseudo aura mystérieuse que l'on a pas vraiment envie d'éclaircir. Et de se dire qu'au final les mecs qui font du glam rock n'ont peut-être pas le monopole du privilège de la forme sur le fond.

Concert organisé par Komakino à Stimultania, qui font bien les choses.

mercredi 12 août 2009

LIVE : Bill Callahan, Manufaktur

10/08/2009


J'aime beaucoup Bill Callahan. C'est un des seuls artistes dont la discographie tienne la route d'un bout à l'autre (si l'on laisse de côté ses débuts en tant que Smog et son premier disque éponyme), construisant ses chansons autour de lignes répétitives et de paroles toutes en punchlines, évitant constamment d'ennuyer, gardant en ligne de mire une sincérité brute, parfois teintée de cynisme mais toujours dévastatrice, l'art de la formule et de l'économie érigés en principes maître.

Assez étrangement, il passe toujours derrière Bonnie "Prince" Billy et Jason Molina dans les énumérations de très bons songwriters américains alors que, contrairement aux deux précédents, retranchés depuis une demi-décennie dans des territoires très peu aventureux (une country très traditionnelle et assez peu mémorable pour l'un, sous-Neil Young de fond de bar pour l'autre), lui se distingue plus que jamais par des disques impeccables, emplis de morceaux ciselés de manière unique -difficile de comparer son écriture avec celle d'un autre songwriter ou de l'inclure dans un quelconque courant. La seule comparaison vraiment pertinente serait avec tout un pan de la littérature américaine, Callahan tenant assez bien -à mes yeux- le rôle de Grand Ecrivain Américain.

Je suis super fan de Bill Callahan. Tellement que, avec un cercle d'amis très restreint, nous lui souhaitons de ne (plus) jamais connaître le bonheur. Prenant pour preuve le très décevant Woke on a Whaleheart (au titre pourtant prometteur), réalisé alors qu'il filait un amour étonnamment doux avec Joanna Newsom, nous avons décidé que toute amourette non teintée de sang ou d'hystérie ne saurait être admissible.

Notre raisonnement est le suivant : A River Ain't Too Much To Love, dernier disque en tant que Smog est parfait, un de ses meilleurs. Là-dessus il rencontre machine et nous tombe Woke on a Whaleheart pour lequel il a enregistré trois bons morceaux, un ne figurant qu'en face-b. On est gravement déçus et on se dit "il va nous faire comme Jason Molina, il change de nom et maintenant ça va être tout pourri." Un des fondements de nos vies -une des choses inamovibles sur lesquelles nous pouvions compter- n'est plus. Au fil du temps, chacun à sa manière (alcool, bricolage, exil en Chine) nous avons réussi à rendre cette trahison presque supportable, y croyant néanmoins toujours. Et là, oh joie, la sylphe quitta notre vieux chêne pour aller faire la maline dans des clips de MGMT. Qui sortiront à coup sûr le mauvais disque que nous savons tous pertinemment qu'ils ont en eux. La malédiction passée, Callahan a sorti un très bon disque, Sometimes I Wish We Were An Eagle et je saute sur la première occasion de voir mon héros.

Accompagné de quatre musiciens impeccables (violon, violoncelle, guitare, batterie) Callahan a débuté les festivités (hum) avec un "Our Anniversary" tronqué pour faute de soucis de guitare ("its our anniversary, you got the jist of it") avant de se lancer dans un set centré autour de Sometimes I Wish We Were an Eagle qui est un très bon disque (mention spéciale à une version tendue de "All Thoughts Are Prey to Some Beast"). Ils ont également joué "Cold Blooded Old Times", les deux bons morceaux du disque précédent et quelques morceaux de A River Ain't Too Much to Love, dont le fabuleux "Rock Bottom Riser" qui conclût le set. Ca a été la grande classe, mon regard n'a cessé d'errer entre Callahan et Luis Martinez, son batteur au jeu félin, intuitif, complètement habité, incroyable à regarder -pas parce que ça allait vite et qu'il en mettait plein partout- juste parce que c'était beau.

Rappels il y eut, "In the Pines" suivi par une version monumentale de "Bathysphere" (belle surprise) après laquelle on a continué d'applaudir, vu que d'autres gens continuaient d'applaudir aussi et, bonheur, ils sont revenus (après cinq bonnes minutes quand même) pour finir ce concert avec un "Let Me See the Colts" qui fut parfait, à l'image de la soirée.

http://www.dragcity.com/callahan.html